Là où s’arrêtent les mots

Silence de la salle. Ils attendent. Prêts.

Les siens aussi. Elle les regarde, mais surtout lui. C’est lui avec qui elle mourra ce soir. Elle respire, ferme les yeux, se concentre. Elle repense à tous les gestes qu’elle devra faire. Sa position. Lire la suite

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« En une fraction de seconde, tout change et se transfigure »

Il faut que je te raconte une histoire ! Oui parce que tu sais à chaque fois que Mon Ptit rayon de Soleil, joue au gentleman, je me demande toujours si c’est pour moi, ou si c’est un bonhomme bien éduqué. M’enfin, en général, je choisis le parti de me dire qu’il me bichonne. Même si je ne comprends pas bien ce qu’il me trouve. Mais ne crachons pas dans la soupe, c’est si bon !

Alors je te raconte !

Nous étions quelques uns dans un café, il n’y a pas si longtemps de cela. Ce jour là, assez naturellement, nous discutions en nous avançant et en nous reculant de la personne en face de nous. Et puis de temps en temps, nous changions de place. Sûrement pour voir le monde autrement. En deux temps trois mouvements, si nous n’étions pas tous synchron’, j’avais mon voisin de gauche en face de moi mais à gauche. Tu suis ? Oui mais je ne changeais pas de place avec lui pour autant !

En face de mon Ptit Rayon de soleil, une jolie jeune femme. Brune aux cheveux lisses, raie de côté, et bien peignée, malgré les mouvements. Petit top à bretelles, mettant son cou en valeur. Une jolie demoiselle. Plutôt souriante, et contente d’être là, semble-t-il.

En face de moi, un jeune homme, un peu fou. Cheveux d’or et mal peigné, raie… non pas de raie, dans les cheveux. Vêtu, oui assurément, mais plus de souvenirs. En tout cas, jeune homme au regard attendri par ma minuscule personne. Intelligent et délicat.

L’instant va bon train, tout le monde rigole, ça s’avance, ça se recule, ça change de place, ça pousse même des ptits cris au son de la folklorique sono. Le plein de bonne humeur. Je jette des ptites œillades à mon soleil, il est content, et moi ça me remplit de joie.

Quand tout à coup ! Ho ho ho hooo !! Non pas de Zorro dans l’histoire mais demoiselle en face de monsieur soleil, lui attrape les mains, et lui jette des sourires et des regards que je connais par cœur. Monsieur Soleil, flatté tel un corbeau, ronronne tout son plaisir. Quand tout à coup ! Il laisse tomber sa proie des yeux, cesse de sourire, et me jette un regard paniqué. Juste une minuscule fraction de secondes. Mais on s’est vu. Et je ne sais pas si le plus perturbant était la situation câline ou ce regard entre lui et moi, juste nous et ce qu’on avait à se dire.

Évidemment, je peux difficilement cacher, ma pointe de jalousie, ma panique à moi, et ma surprise de le voir se tourner si vivement vers ma minuscule personne. Comme pour me demander si j’avais vu, ou constater l’effet sur moi. Bref, pas joyeuse la Ptite Fun, mais ! C’est mon Ptit rayon de Soleil, et je m’oblige à me souvenir qu’il est libre, que l’on ne se doit rien, mais alors rien du tout. Alors on se raidit un ptit coup, on se re-concentre sur son face à face, on lève le menton, et on essaye de rester digne. Une fois l’élan de va et vient terminé, les mains se lâchent et au son de la musique, les échanges de places cessent. Fatigant ce café, mais sympa. On reviendra.

Je me lève et vais plus loin, sur une chaise libre, à une autre table. Besoin de prendre un peu le large de la situation. Faudrait pas que je me mette à chouiner comme je sais si bien le faire. Mais c’était sans compter sur un rayon de soleil tout en surprise et en délicatesse !!
Il m’a fait revenir près de lui, pour discuter avec la demoiselle, parce qu’elle se demandait qui avait assuré le service sonore en salle quelques jours plus tôt ! Et de me présenter à elle, et comme la chef de cette fameuse journée, et que sans quoi, personne n’aurait pu bouloter de la noire et du silence. Je me suis sentie placée sur un pied d’estal. Je ne peux pas dire que j’ai tellement l’habitude de ça, et je comprenais les enjeux de cette mise en scène. Monsieur Soleil s’est effacé. A vrai dire, je l’ai senti satisfait, comme s’il avait lavé l’événement désagréable pour ma personne. La demoiselle, elle, semblait beaucoup moins intéressée d’un coup, presque blasée. Elle a écourté la conversation. J’ai donc proposé à Mon monsieur Soleil, de changer de table et de recommencer un nouveau jeu.

Ben tu vois, avec un peu de recul, je n’ai toujours pas tout compris de ce qu’il s’est passé.
On ne m’avait jamais mise en avant de cette façon avec autant de délicatesse. Une sorte de bouclier naturel. Mais ça m’a fait du bien, ça m’a rassuré aussi. Je me sens un peu comme un hérisson, oui.

A contrario, mes sentiments piquants m’ont effrayé, je ne les aime pas du tout. Ca me rend triste, et je trouve cela inutile. Surtout que je n’ai pas besoin de les ressentir. Advienne que pourra, et le Soleil n’appartient qu’à lui. Alors ça se raisonne mais sur le moment, ça ne se contrôle pas.

Le regard paniqué de Monsieur Soleil, lui, m’a fait prendre conscience que j’étais importante. Pas comme je le pensais, et j’en fus déstabilisée aussi. Néanmoins, je n’aime pas non plus ce regard. Il ne doit pas me craindre, ni moi, ni mes sentiments. Je n’ai pas envie de lire ça dans ses yeux qui me bouleversent tant.

Je me suis demandée si ce genre d’événements, ne pourraient pas me ou nous faire chanceler.
Je suis touchée par son geste chevalier, et contente d’avoir su calmer mon angoisse. Mais, une question me vient tout à coup…

Et si tu m’embrassais, Soleil ? 🙂

Bah quoi ? 😛

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Extraits tirés de « L’élégance du hérisson »

« Ce qui est beau, c’est ce qu’on saisit alors que ça passe. C’est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort. Est-ce que ça veut dire que c’est comme ça qu’il faut mener sa vie ? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition ? C’est peut-être ça, être vivant : traquer des instants qui meurent.  »

« Que faire
Face à jamais
Sinon chercher
Dans quelques notes dérobées ?  »

« Les faveurs du sort ont un prix. Pour qui bénéficie des indulgences de la vie, l’obligation de rigueur dans la considération de la beauté n’est pas négociable.  »

« C’est très bien d’avoir régulièrement une pensée profonde mais je pense que ça ne suffit pas. Enfin je veux dire : je vais me suicider et mettre le feu à la maison dans quelques mois alors, évidemment, je ne peux pas considérer que j’ai le temps, il faut que je fasse quelque chose de consistant dans le peu qui me reste.  »

« (…) c’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté où le temps n’est plus le même.  »

« Ces instants où se révèle à nous la trame de notre existence sont des parenthèses magiques qui mettent le cœur au bord de l’âme, parce que, fugitivement mais intensément, un peu d’éternité est soudain venu féconder le temps. »