Message personnel

Il est parfois des mystères de la vie qui ne doivent pas s’expliquer. Juste prendre le temps de savourer, s’arrêter, regarder, humer, imaginer, gouter le silence, et se délecter de l’instant présent. Et puis vient le rêve, juste le rêve de ce que l’on désire. Enfin les mots. Ils étaient là, tapis, au fond de chacun de nous, dans ce nid doux, cette antre accueillante.

Il y a vingt ans, déjà, j’aimais me réfugier, dans son cocon. Ce n’était pas ma cellule pourtant, mais si proche, que lorsque seule, fléchissant, j’allais m’y cacher. Cette piaule aux couleurs ocre et ambre, à l’odeur de santal, de clopes froides ; les sons silencieux de quelques accords de guitare résonnant dans mon besoin de repli ; sur ce lit à même le sol, qui sentait le sommeil et parfois l’amour qui ne m’appartenait pas. C’est là, qu’il y a vingt ans, déjà, j’allais m’apaiser et m’endormir, dans la fureur de ma fin d’adolescence, dans la difficulté de ma si jeune vie. A l’abri des regards, sans le dire, discrètement, et puis je repartais vers l’amour ami, chargée de douceur. Cette chambre, n’était pas celle de mon amour, mais celle de l’ami, du grand frère, ou peut-être d’un amour différent, sincère et simple, je ne saurai le dire, mais toujours en filigrane.

Et c’est auprès de cet ami, que vingt plus tard, j’ai eu besoin de retourner. Il m’a accueilli avec la même simplicité, bienveillance et tendresse quasi fraternelle. J’y allais le cœur léger, avec le besoin de me ressourcer. Jamais je n’aurais pensé y découvrir ce qu’aujourd’hui, alors que je suis partie vers mes contrées, ces sentiments, sensations et envies qui me dévorent. C’est avec ce même sourire qu’il m’accueillit. Simplement.

Lorsque j’eus passé le perron, je retrouvais cette même odeur, ces mêmes meubles, ces mêmes vibrations douces, ces couleurs identiques. Une identité connue et rassurante, j’étais chez lui, dans le cocon qui toujours m’accueillit sans jamais qu’il le sache. D’un aveu ici. Le bien-être n’eut pas besoin de m’envahir, j’étais évidemment au bon endroit pour me faire du bien, me retrouver. En pèlerinage non sur les traces de mon passé, même s’il fut évoqué lors de nos soirées, mais de la sérénité à réapprendre, un équilibre, un élémentaire que j’avais oublié. De la simplicité de vivre. De l’essentiel en tout.

Je passais ainsi des moments délicieux sans avoir à me préoccuper de tenir un rôle, d’être ce que l’on attend de moi, de me travestir en émotions ou en actions. J’étais juste ce que je suis, ce que j’ai toujours été, et que j’avais perdu, tordue par la vie qui passe. Vraie. Sans amertume, sans envie, je me laissais porter par les gestes naturels, toujours posés sur un temps pris à sa juste valeur. Je vidais mon sac de ce trop plein accumulé, et il accueillait tout avec tendresse et bienveillance. Je le laissais me chahuter, me taquiner, me guider, me rappeler ce qui était bancale, et toujours de me laisser une liberté qu’il est seul à m’autoriser. Je me retrouvais doucement, comme son regard amusé posé sur l’oiseau un peu perdu, blessé, recroquevillé.

Et moi, de l’observer, dans le quotidien que j’avais déjà vécu, si longtemps auparavant, avec jamais la sensation de gêner, excepté par mon propre corps maladroit. Je l’écoutais et mon cerveau a rouvert timidement quelques tiroirs. De ces blagues que nous avons en même temps, souvent, de cet humour décalé et corrosif, de ce rire qui m’amuse, de cette voix virile mais caressante. De ces yeux aux couleurs dépareillées, se posant avec intensité sur mon visage et peut-être où je ne sais. De ces mains à la forme large, courant sur le manche, attrapant la précision de quelques déplacements, précises, douées, me donnant soudainement envie de les laisser me modeler. De cette peau tannée par les âges, le soleil, le vent et l’encre de la vie qu’il a une fois rêvé, le cuir de son cou, la peau blanche de ses hanches. De ces formes rondes qui appellent l’enlacement et peut-être un peu l’amour.

Oui c’est soudainement que j’ai eu envie de tout cela. Juste aussi simplement que j’étais à vivre quelques jours avec lui, cet ami de longue date, ce frère naturel. Et puis d’entendre son sommeil, d’imaginer sa réalité matinale d’homme, sa vie en dehors de ces instants à cet endroit, d’un quotidien humain, de le voir en père si aimant, de découvrir cette tendresse à lui, ce cœur tout chaud, tout doux, cette sensibilité que je n’avais que jamais vu si ce n’est effleuré sans avoir la capacité autrefois de la découvrir… J’ai eu envie de lui, de lui donner, sans retour, sans aucune demande, de lui apporter de l’apaisement, comme j’en ressentais aussi. Du partage. J’ai eu envie qu’il croit que la vie peut être douce aussi, qu’il se mette à s’en rappeler. Et je l’ai rêvé.

J’ai rêvé de ses lèvres sur les miennes, et de cette chaleur qui m’envahit dans les songes, éveillés et endormis. J’ai rêvé de ses bras me tenant pour me rassurer le fond de l’âme, du cuir doux de ses mains sur ma peau de pêche, de sa couleur sur le blanc de mes pores, de sa transpiration mêlée à mon odeur d’envies. Je l’ai rêvé, je l’ai soupiré, je l’ai désiré, mais silencieusement, car je ne voulais pas rompre l’or de cette double décennie passée au cœur de l’amitié.

Et c’est alors que je passais la nuit, mon dos contre le sien, dans la chaleur de son corps et de ses draps ; alors que les pensées me dévoraient mais que mon esprit se voulait léger pour lui, pour ne pas l’envahir, ne pas lui faire peur, ne pas tout perdre ; Alors qu’il me fallait être sage pour ce qui me semblait important de protéger, ce lien qui nous unit, ce joli cadeau de la vie ; c’est alors que je me suis endormie et que mes démons se sont tus, dans le confort de son intimité. Je ne voulais rien imposer alors j’ai caressé le silence et je lui ai offert. J’avais reçu de sa part le délice de cette semaine partagée. Et c’était suffisant. Simple pour tous.

Et puis, il a fallut nous séparer, reprendre chacun le cours de nos vies, et il me serra enfin dans ses bras, m’embrassant dans le cou. Surprise mais heureuse, je vis son regard, le percevant un peu triste, pensant rêver encore, ne voulant trop y croire, mon incertitude, la peur de me tromper dans l’interprétation de ces signes. Et c’est à ce moment, le voyant passer la porte, dans un dernier sourire que mon cœur se serra. Il se serra si fort que les larmes montèrent sur le bord de mes cils. Je décidais de lui écrire, en prenant le parti de défendre le silence qui s’était imposé, une nuit de détresse. Mais je ne pensais pas que mon besoin de tendresse, et mon envie de lui fut partagée. Mon cœur explosa en sanglots quand je lus ses mots avoués d’un partage de nos pensées fragiles, sensibles et précieuses.

Il est des mystères de la vie qu’il ne faut pas essayer de comprendre. Je veux juste avoir à les ressentir ou les vivre. Mais depuis il me manque, terriblement et déraisonnablement. Il me faudra donc vivre avec le dépassement de vitesse sur les routes de notre amitié. Puisse le temps nous cajoler et nous aider à trouver de l’apaisement malgré l’absence.

http://www.deezer.com/album/3159961

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